Le tabou de la ‘mom on duty – mom solo’
Depuis ma séparation, j’ai dû absorber un choc immense : celui de manquer une partie de la vie de mon fils.
Avec la garde partagée, c’est toute ma vie qui a basculé.
Ta vie devient une véritable montagne russe. Et essayer de trouver un équilibre dans cette ride, c’est comme vouloir trouver une épingle dans une botte de foin.
C’est tout ou rien.
Tu passes d’une semaine hyper intense à gérer ta carrière, ta maison, tes tâches quotidiennes et ton enfant — avec ses mille et un besoins de support, d’attention, d’éducation et d’entertainment — à te retrouver toute seule, au milieu du désordre de la semaine. Les piles de linge que tu n’as pas eu le temps de laver. La vaisselle qui s’accumule. Les petits rappels silencieux d’une semaine qui t’a vidée.
Et puis… il part.
C’est un crash solide.
Tu passes de mille à l’heure… à silence radio.
Et je trouve qu’on n’en parle pas assez.
Ces émotions sont dures à rationaliser parce qu’elles sont pleines de contradictions.
Tu vis l’anxiété de séparation tout en te sentant coupable.
Tu ressens du soulagement… dans la détresse.
Tu fais de ton mieux pour apprécier chaque moment quand tu as ton enfant. Tu veux lui donner la lune, les étoiles, l’univers au complet. Mais en même temps, tu as l’impression de mourir à petit feu, parce que tu gères tout, toute seule. Sans personne pour prendre le relais quand tu as besoin d’un break.
Et soyons honnêtes…
Un break, ça n’existe pas vraiment quand tu es mom solo.
Alors quand il part, tu te retrouves seule. Et tu ne sais plus trop quoi faire avec ce vide.
Tu regardes autour de toi.
Tu commences à ramasser.
À nettoyer.
À faire la lessive.
Tu tombes dans le deep cleaning.
Et quand tout est finalement propre, quand ta maison reprend un semblant de normalité, tu t’effondres sur le sofa. Un bol de céréales dans les mains. Netflix en fond. Et tu pleures. Toutes les larmes de ton corps.
Ce défi d’apprendre à vivre dans une double vie… on n’en parle pas beaucoup.
On te dit souvent : « Profite-en, tu as du temps pour toi maintenant. »
Mais avant ça, il faut gérer tout ce que tu n’as pas pu faire pendant ta semaine de mom on duty :
les rendez-vous, l’épicerie, l’entretien de la maison, les projets qui traînent, le garage, les mille petites responsabilités invisibles.
Puis vient une autre pression.
Celle de « profiter » de ta semaine sans enfant.
Voir des amis.
Sortir.
Aller au gym.
Remplir ton horaire.
Et parfois… tu n’as juste pas l’énergie.
Tu as juste envie de passer la fin de semaine seule, en silence, pour te régénérer.
Et ça aussi, c’est un tabou.
Parce qu’on vit dans une culture où la mom solo doit montrer qu’elle vit sa best life.
Les sorties.
Les voyages.
Les projets.
Les photos parfaites.
Le contenu Instagram qui donne l’impression que tout va bien.
Les likes.
Les commentaires.
La validation extérieure qui vient combler, temporairement, un manque intérieur.
Ça m’a pris des années — et j’y travaille encore chaque semaine — pour trouver un équilibre dans cette dualité.
Laisser aller la culpabilité de manquer du temps avec mon enfant.
La culpabilité de lui imposer ce va-et-vient malgré lui.
La culpabilité de prendre du temps pour moi.
Le premier travail, c’est vraiment ça : laisser aller la culpabilité.
Se rappeler que les décisions que tu as prises l’ont été pour ton mieux.
Que tu passes avant tout, malgré tout.
Puis, doucement, l’appréciation commence à arriver.
L’appréciation de pouvoir vivre des moments 100 % avec toi-même.
Te redécouvrir.
T’explorer.
Vivre ce que tu n’aurais probablement jamais vécu dans ton ancienne vie.
Et petit à petit, tu trouves ta nouvelle voie.
Tu développes des outils.
Tu reprends ta vie en main.
Je ne serais pas qui je suis aujourd’hui si je n’avais pas vécu cette transition.
Même si je pouvais revenir en arrière, je referais les mêmes choix.
J’aime ma vie actuelle.
J’aime mon fils.
Je m’aime.
Je suis une meilleure maman pour lui.
Une maman plus ancrée.
Plus épanouie.
Plus à l’écoute.
Je me rappelle que c’est justement d’avoir essayé qui m’a forgée et qui m’a permis de me trouver.
Que chacune de mes erreurs a sa place dans mon parcours.
Et que le reflet dans le miroir, malgré tout, me plaît.
Si tu vis cette réalité en silence, sache que tu n’es pas seule.
J’ai accompagné — et je continue d’accompagner — des mamans qui traversent cette même transition. Des femmes fortes, mais épuisées. Présentes pour leurs enfants, mais perdues dans leur nouvelle réalité.
Trouver l’équilibre dans cette double vie, ça s’apprend. Et surtout, ça ne devrait pas se faire seule.