Le manque de reconnaissance

As-tu déjà eu l'impression d'en faire énormément pour les autres sans jamais recevoir la même chose en retour? D'être celle qui pense à tout, qui porte tout, qui organise tout. Celle qui écoute, qui rassure, qui soutient. Celle qui répond aux besoins des autres avant même qu'ils aient à les exprimer. Et malgré tous tes efforts, malgré toute l'énergie que tu investis dans tes relations, ton travail, ta famille ou tes projets, il reste parfois ce sentiment difficile à expliquer. Une impression de vide. Comme si quelque chose manquait. Comme si personne ne voyait réellement tout ce que tu fais.

Si ces mots te parlent, il est possible que ce ne soit pas d'amour dont tu manques. Il est possible que ce soit de reconnaissance. Et la différence est immense.

On confond souvent les deux. Pourtant, ils répondent à des besoins différents. L'amour nous permet de nous sentir connectés aux autres. La reconnaissance, elle, nous permet de nous sentir vus, entendus et valorisés dans ce que nous sommes. C'est un besoin fondamental de l'être humain. Dès notre enfance, nous avons besoin de sentir que nous sommes vus, compris et valorisés pour ce que nous sommes, et non seulement pour ce que nous faisons. C'est à travers le regard des autres que nous développons progressivement notre sentiment de valeur personnelle.

Lorsque ce besoin est nourri sainement, nous construisons une sécurité intérieure solide. Mais lorsqu'il est insuffisamment répondu, minimisé ou conditionnel à nos performances, quelque chose se met souvent en place : nous commençons à chercher à l'extérieur ce que nous n'avons jamais appris à nous offrir nous-mêmes. Le perfectionnisme, la surperformance, le besoin de plaire, la difficulté à mettre ses limites, la peur du rejet, la dépendance à l'approbation des autres et cette impression persistante de ne jamais être assez sont souvent les manifestations d'un besoin de reconnaissance qui cherche encore à être comblé.

Le plus difficile dans tout ça, c'est que la plupart des femmes ne réalisent même pas qu'elles sont prises dans ce mécanisme. Elles pensent qu'elles manquent de confiance en elles. Elles se disent qu'elles devraient être plus motivées, plus disciplinées ou plus organisées. Elles cherchent la prochaine formation, le prochain livre ou le prochain objectif à atteindre. Alors qu'au fond, elles sont simplement épuisées de courir après une validation qui ne remplit jamais complètement le vide.

Ce manque de reconnaissance peut prendre mille visages différents. C'est la collègue qui s'approprie les idées des autres pour obtenir du crédit. Le patron qui ne souligne jamais les efforts de son équipe. L'amie qui monopolise constamment les conversations sans réellement s'intéresser à ce que tu vis. Ce parent qui continue de croire qu'il sait mieux que toi ce qui est bon pour ta vie. Ou encore cette personne qui publie sans arrêt sur les réseaux sociaux dans l'espoir, souvent inconscient, d'être vue, remarquée ou validée.

Et parfois, cette personne, c'est nous.

Parce que lorsqu'on ne se sent pas reconnue à l'intérieur, on finit souvent par chercher cette reconnaissance partout ailleurs : dans le travail, dans les relations amoureuses, dans le sport, dans les accomplissements, dans les achats, dans les réseaux sociaux, dans le rôle de mère parfaite ou dans celui de l'employée exemplaire.

Je le sais parce que j'ai moi-même passé une bonne partie de ma vie à courir après cette reconnaissance.

Je l'ai cherchée dans le sport de compétition, dans la performance, dans les spectacles de danse, dans les petits spectacles d'humour que j'imposais à ma famille dès mon enfance. Je l'ai cherchée dans mes réussites professionnelles, dans mes relations amoureuses et dans ma capacité à toujours faire plus, donner plus et accomplir plus.

Mon premier épuisement professionnel est arrivé à 24 ans. Pourtant, avec le recul, je réalise aujourd'hui que les signes étaient présents depuis longtemps. Pendant mes études universitaires, je travaillais près de 30 heures par semaine comme conseillère beauté pour une marque de luxe. Je dansais plusieurs fois par semaine à un niveau compétitif. Je participais à des compétitions. Je sortais les fins de semaine. J'entretenais mes relations amoureuses. Je voyais mes amis. Et j'étudiais pour réussir mes cours. À l'époque, j'étais fière de tout gérer. Je croyais que c'était une force. Je croyais que j'étais ambitieuse. Je croyais que j'étais performante.

Aujourd'hui, je comprends surtout que j'avais appris à associer ma valeur à ma capacité de performer.

Puis est arrivé mon premier emploi en marketing. Les plans marketing s'accumulaient, les échéances se multipliaient, les présentations étaient constamment refaites et les attentes semblaient infinies. Chaque matin, je me réveillais avec une boule dans l'estomac. Chaque soir, je rentrais chez moi complètement vidée. Je ne dormais plus. Je mangeais mal. Pourtant, je continuais. Parce que je voulais prouver que j'étais capable. Parce que je voulais être à la hauteur. Parce que quelque part au fond de moi, je croyais encore que ma valeur dépendait de ce que j'accomplissais.

Jusqu'au matin où je n'ai plus été capable.

Je me suis réveillée en larmes. J'ai appelé ma meilleure amie et je lui ai dit : « Je ne peux plus continuer. » Je n'avais plus rien à donner. Plus d'énergie. Plus de motivation. Plus de capacité à faire semblant que tout allait bien. J'ai consulté un médecin et l'arrêt de travail a été immédiat.

À l'époque, je croyais que le problème était mon manque de compétences. Ensuite mon emploi. Que je n'étais simplement pas dans le bon domaine. Je me suis donc réorientée vers l'événementiel. Et pendant un certain temps, j'ai eu l'impression d'avoir trouvé ma voie. J'adorais ce que je faisais. J'excellais. J'ai même obtenu une promotion. Mais sans augmentation salariale. Sans changement de titre. Sans réelle reconnaissance.

Et pourtant, je continuais à travailler encore plus fort.

Pourquoi?

Parce qu'au fond, je cherchais toujours la même chose.

Je cherchais à me sentir vue. À me sentir importante. À me sentir suffisante.

Aujourd'hui, je retrouve cette réalité chez un grand nombre de femmes que j'accompagne. Des femmes brillantes, compétentes, dévouées et profondément généreuses, mais qui ont perdu le contact avec leur propre reconnaissance intérieure. Souvent après une séparation, un divorce ou une grande transition de vie. Elles ont passé tellement d'années à prendre soin des besoins des autres qu'elles ne savent plus vraiment ce qu'elles aiment, ce qu'elles veulent ou ce qui les fait vibrer.

Elles fonctionnent. Elles survivent. Elles avancent.

Mais elles ne se sentent plus alignées avec elles-mêmes.

 

LA BONNE NOUVELLE

La bonne nouvelle, c'est qu'il existe une autre façon de répondre à ce besoin. Une façon qui ne dépend pas du regard des autres. Une façon qui consiste à apprendre à se reconnaître soi-même.

Depuis plusieurs années, je termine chacune de mes journées en identifiant mes accomplissements. Pas nécessairement de grandes réalisations. Parfois, c'est simplement d'avoir fait une brassée de lavage, d'être allée marcher, d'avoir lu quelques pages d'un livre, d'avoir préparé un bon repas ou d'avoir posé une limite que j'aurais autrefois eu peur d'exprimer.

Cet exercice peut sembler banal. Pourtant, les neurosciences démontrent que notre cerveau demeure malléable tout au long de notre vie. Plus nous pratiquons l'auto-reconnaissance, plus nous renforçons notre capacité à reconnaître nos forces, nos réussites et notre valeur. Nous apprenons progressivement à devenir notre propre source de validation.

Et ça, c'est reprendre son pouvoir.

Alors la prochaine fois que Ginette ne te dira pas bonjour dans l'ascenseur ou que Gino prendra toute la place pendant une réunion, ou que ton ex te reproche de n’avoir pas assez travaillé la présentation orale de ton enfant, essaie de ramener ton attention vers toi. Vers tout ce que tu accomplis chaque jour à l'abri des regards. Vers toutes ces petites victoires que personne ne voit, mais qui témoignent pourtant de ton courage, de ta résilience et de ta force.

Parce qu'apprendre à se reconnaître soi-même, c'est le début de la liberté. La liberté de ne plus dépendre constamment du regard des autres. La liberté de choisir ce qui est bon pour soi. La liberté de s'aligner avec ses valeurs. La liberté de cesser de quémander des miettes.

Parce qu'au fond, tu ne mérites pas des miettes.

Tu mérites la pizza toute garnie cuite au feu de bois, accompagnée de ton verre de vino préféré, à une magnifique table face à la mer pendant que le soleil se couche à l'horizon.

Et le jour où tu réaliseras pleinement ta valeur, tu arrêteras enfin de négocier à rabais ce que tu mérites.

Si cette réflexion te parle, sache que tu n'as pas à faire ce cheminement seule. Mon rôle comme coach est de t'aider à retrouver cette voix intérieure, à reconnecter avec tes forces, à comprendre les schémas qui te maintiennent dans les mêmes cycles et à te réaligner avec la femme que tu es réellement.

Cette femme existe déjà. Elle est simplement ensevelie sous des années de doutes, d'attentes et de validation extérieure.

Et crois-moi, elle mérite enfin de prendre sa place.

 

 

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