Les liens d’attachement : pourquoi certaines relations nous détruisent
« Non maman, ne me laisse pas! S’il te plaît! Je te promets que je serai sage… »
C’est le premier souvenir que j’ai d’avoir été arrachée à ma mère. Mon cocon. Ma maison. C’était mon premier jour à la garderie. Je n’oublierai jamais la détresse que j’ai ressentie ce jour-là. Cette sensation d’abandon immense dans mon petit corps d’enfant. La panique. Les larmes. Le sentiment que quelque chose de profondément insécurisant venait de se produire.
Depuis toute petite, j’ai toujours vécu énormément d’anxiété et de tristesse face aux séparations. J’ai grandi en Suisse, dans une famille de quatre : mes parents, mon petit frère et moi. Toute notre famille était restée en Hongrie, le pays d’origine de mes parents. Chaque été, nous allions les visiter, et chaque été, le même déchirement recommençait.À mesure que la date du retour approchait, mon ventre se serrait un peu plus chaque jour. J’anticipais douloureusement les « au revoir ». Je pleurais à chaudes larmes au moment du départ, puis je vivais pendant des semaines une profonde coupure émotionnelle.
Mes parents avaient peu d’amis et il y avait rarement de la visite à la maison. J’ai grandi avec beaucoup de solitude. Alors, quand des connaissances venaient passer quelques jours chez nous, j’étais euphorique. J’aimais tellement sentir la maison vivante. Je m’attachais rapidement à ces visiteurs et à la moindre marque d’affection. Je me souviens particulièrement d’une amie de mes parents envers qui j’avais développé beaucoup d’attachement. Un jour, avec mon cœur d’enfant, je lui ai simplement dit que je l’aimais beaucoup. Plus tard, ma mère m’a reprise. Elle m’a expliqué que ça ne se faisait pas. Qu’on ne disait pas « je t’aime » comme ça. Et surtout pas à des gens qu’on connaissait peu. Avec le recul, je crois que c’était mon premier frein émotionnel. Mon premier apprentissage inconscient que l’attachement pouvait être « trop ». Que mes émotions pouvaient déranger. Qu’il fallait peut-être les retenir.
À l’adolescence, je suis rapidement tombée dans mes premières relations amoureuses. C’était plutôt facile : j’étais belle, sportive, attachante.
Mais derrière cette apparente confiance se cachait un immense besoin d’être aimée.
Je suis passée à travers plusieurs cœurs brisés. Je cherchais constamment la validation dans le regard de l’autre. Je devenais rapidement dépendante affective, sans même comprendre ce concept à l’époque.
C’est en quittant mon mari après treize ans de vie commune et deux ans de mariage que j’ai réellement commencé à comprendre mes blessures émotionnelles et affectives. Et surtout, la principale raison pour laquelle j’étais restée si longtemps dans cette relation.
À travers la thérapie et le développement personnel, je suis tombée sur le concept des liens d’attachement.
Il existait principalement trois grands styles : anxieux, sécure et évitant. Quelle révélation.
Si j’avais compris plus tôt que j’étais de type d’attachement anxieux, j’aurais probablement évité bien des souffrances amoureuses.
Les styles d’attachement : comprendre pourquoi on aime comme on aime
Nos styles d’attachement se développent souvent très tôt dans l’enfance, à travers notre relation avec nos figures parentales et notre environnement affectif.
Ils influencent ensuite toute notre vie relationnelle : notre manière d’aimer, de communiquer, de gérer les conflits, l’intimité, les séparations et même notre perception de notre propre valeur.
L’attachement anxieux
Le type anxieux ressent l’amour très intensément.
Il a souvent grandi dans une forme d’instabilité émotionnelle : un amour parfois présent, parfois distant, parfois imprévisible. L’enfant apprend alors inconsciemment qu’il doit surveiller, mériter ou protéger l’amour pour ne pas le perdre.
Une personne anxieuse peut :
avoir peur de l’abandon ;
suranalyser les comportements de l’autre ;
avoir besoin de beaucoup de réassurance ;
devenir hypervigilante aux changements de ton ou de distance ;
se sentir rapidement rejetée ;
aimer profondément… parfois jusqu’à s’oublier elle-même.
Derrière cette anxiété se cache souvent un besoin immense de sécurité émotionnelle et de constance.
L’attachement évitant
À l’inverse, le type évitant a souvent appris très jeune à ne pas trop dépendre émotionnellement des autres.
Parfois parce que les émotions n’étaient pas accueillies à la maison. Parfois parce qu’il fallait être fort, autonome ou ne pas déranger.
L’évitant développe alors une protection : il garde une distance émotionnelle.
Ce type d’attachement peut :
avoir de la difficulté à exprimer ses émotions ;
avoir besoin de beaucoup d’espace ;
se sentir étouffé rapidement dans l’intimité ;
fuir les conflits ou les conversations émotionnelles ;
se retirer quand la relation devient trop intense.
Contrairement à ce qu’on pense, les personnes évitantes ressentent souvent énormément… mais elles ont appris à se protéger en se coupant de leurs émotions.
L’attachement sécure
Le style sécure est généralement le plus équilibré.
La personne sécurisante a appris qu’elle pouvait aimer sans se perdre et être aimée sans devoir constamment se battre pour obtenir de l’attention ou de l’affection.
Elle est capable :
de communiquer ses besoins ;
de faire confiance ;
de gérer les conflits sainement ;
d’être proche sans dépendance ;
d’aimer avec stabilité.
Et surtout : elle ne voit pas l’amour comme quelque chose qu’il faut constamment gagner ou craindre de perdre.
Pourquoi certaines relations deviennent si toxiques
Avec le temps, j’ai compris qu’une relation toxique n’est pas toujours une histoire de « mauvaise personne ». Très souvent, c’est la rencontre de deux blessures incompatibles. La dynamique la plus fréquente est celle entre l’attachement anxieux et l’attachement évitant. Plus l’anxieux cherche de la proximité, plus l’évitant se sent envahi et se retire. Et plus l’évitant se retire, plus l’anxieux panique et poursuit.
L’un court après l’amour.
L’autre court après l’espace.
Et chacun réactive involontairement la blessure profonde de l’autre.
C’est une danse relationnelle extrêmement douloureuse. Une relation faite de montagnes russes émotionnelles, d’espoir, de manque, de confusion, de rapprochements intenses suivis de distance.
Pendant longtemps, j’ai cru que l’amour intense était le vrai amour.
Aujourd’hui, je comprends qu’un amour sain apporte surtout de la paix, de la sécurité et de la stabilité émotionnelle.
Comprendre son type peut changer une vie
Découvrir mon style d’attachement a changé ma manière de voir mes relations… mais surtout ma manière de me voir moi-même.
J’ai compris que je n’étais pas « trop émotive ».
Pas « trop intense ».
Pas « trop attachée ».
J’étais une personne qui avait appris à aimer avec la peur de perdre.
Et cette prise de conscience peut littéralement sauver des années de souffrance.
Parce qu’à partir du moment où on comprend nos mécanismes, on peut enfin arrêter de choisir nos relations à partir de nos blessures.
Et commencer à aimer autrement.
Te reconnais-tu dans l’un de ces styles d’attachement?